Vidéo – Occupation artistique de patinoires, 2012

Au Canada, la danse est strictement interdite sur les séances de patinage public.  Que ce soit dans leurs patinoires municipales ou sur leurs étangs gelés entretenus, les Canadiens n’ont pas le droit de: se tenir par la main, lever leurs jambes, patiner de reculons, sauter, pirouetter, faire des choses originales, etc.

Le Canada est le seul pays nordique où des règles aussi strictes sont appliquées.  C’est aussi le seul pays nordique où il n’existe pas de mouvement de danse urbaine spontanée sur patins (appelé patinage FreeStyle en Europe).

Une dangerosité est évoquée, mais la peur de la nouveauté et de l’originalité semble être la véritable causes de l’interdiction.  De plus, la fédération canadienne de patinage traditionel a réussi à convaincre de nombreuses municipalités que les activités s’apparentant à de la danse sur patins ne peuvent être pratiquées sécuritairement que par des gens payant des cotisations à son organisation.

La troupe Le Patin Libre veut promouvoir un changement.  Comme les argentins dansent le tango dans les rues de Buenos Aires, comme les Américains dansent le break dance dans les cours d’école de New-York, comme les Français dansent le FreeStyle sur les patinoires de tout le pays, nous voulons que les Canadiens puissent danser leurs étangs gelés et leurs patinoires municipales.

Nous avons donc fait des actions d’occupation artistique de patinoires dans 3 villes canadiennes.

Montréal
Tous les vendredis soirs de l’hiver 2012, nous avons dansé sur le Parc Lafontaine et vécu des moments magiques de danse spontanée avec des amateurs de patinage hivernal.  Nous n’avons eu aucun problème avec les autorités. Il n’y a pas de surveillance sur l’étang gelé du Parc Lafontaine.

La météo chaude nous a éventuellement forcé à abandonner l’étang, qui fondait. Nous avons déplacé nos activités à la patinoire réfrigérée du Lac des Castors, sur le Mont-Royal. Cette patinoire est moins fréquentée que celle du Parc Lafontaine. Elle est pourtant surveillée par 4 à 6 employés de la ville de Montréal. Ils nous ont demandé d’arrêter de danser, mais nous avons continué. La direction des grands parcs de la Ville de Montréal nous a envoyé une lettre officielle nous menaçant d’une intervention policière pour arrêter nos évènements de danse spontanée.

Finalement, l’évènement sur lequel pesait une menace policière a eu lieu. Les surveillants nous ont timidement demandé d’arrêter de danser, mais sans plus. La présence d’un public enthousiaste et participatif a transformé cette soirée normale de patinage public en un moment mémorable et agréable pour tous.

Et nous n’arrêterons pas de danser sur nos patinoires! Si le public est là tant mieux! Sinon, pas grave. On danserait même si on était invisible…

Le journal Le Devoir a écrit un article sur notre passage à Montréal. Il mentionne ces actions.

Ottawa
Ce fut intense, à Ottawa.  Nous avons pris quelques jours pour aller danser sur la plus longue patinoire du monde et peut-être une des plus belles: le Canal Rideau.  Dès que nous dansions, des centaines de spectateurs sur patins enthousiastes nous entouraient.  Ils nous donnaient même des sous!  La Gendarmerie Royale du Canada (3 agents et 2 véhicules tout-terrain) furent dépêchés sur les lieux pour prendre en main cette menace à la sécurité publique.  Sur leurs petits camions, ils mentionnent le risque du bris de la glace si trop de gens s’assemblent.  À quelques glisses de là, des stands et des opérations commerciales de promotion font tout ce qu’elles peuvent pour essayer d’attirer des masses de spectateurs…

Nous avons contacté l’organisation gérant le Canal Rideau: la Commission de la Capitale Nationale.  À Ottawa, cette organisation est très impopulaire.  Les journalistes ayant suivi nos mésaventures nous ont parlé de leur réputation de petite bureaucratie prompte à empêcher le développement de projets.  Les gens de la CCN nous ont expliqué que les évènements spontanés étaient interdits sur le Canal.  Tout doit passer par leur organisation qui se charge de trouver des commanditaires pour les évènements.  On nous a aussi informé de l’interdiction formelle de la danse.

Nous avons quand même continuer à danser.  La police municipale et la GRC sont encore dépêchés sur les lieux.  Nous nous sommes faits escorter hors du Canal, patins aux pieds.  Nous avons reçu un avis écrit officiel.  La danse est interdite sur le Canal Rideau.

Des étudiants de l’université nous avaient toutefois convaincus de participer à un évènement nocturne spontané pour la Saint-Valentin.  Sous l’encouragement de l’énorme intéret médiatique pour nos actions artistiques, nous avons quand même animé une fête dansante sur glace.  Des centaines de citoyens d’Ottawa s’y présentèrent, après avoir entendu parler de nos mésaventures à la télévision.  L’ambiance était superbe!  Nous avons fait quelques démonstrations et montré aux couples romantiques à danser en duo.

Extrêmement irritée par l’engouement médiatique autour de nos actions, la CCN assiste impuissante à l’évènement et mobilise quelques surveillants qui, bien sûr, n’ont pas eu à intervenir.  De loin, des policiers municipaux et de la GRC regardent aussi le romantique bal nocturne sur patins.

Nous avons reçu de nombreux emails de remerciements.  Nous reviendrons l’an prochain!  Merci Ottawa!

Reportage de la Radio de Radio-Canada
Article et reportage de Radio-Canada
Article de CTV

Un autre article de CTV, avec commentaires des lecteurs
Le blog de quelqu’un qui nous a vu sur le Canal

Toronto
À Toronto, le Harbourfront Center nous a invité sur sa patinoire extérieure.  Le Harbourfront est un centre de diffusion artistique dynamique.  Il nous a demandé de diffuser chez eux un évènement semblable à ceux qui ont été interdits à Montréal et Ottawa: de courtes démonstrations sur des séances de patinage public et une animation participative.

Tant qu’à se déplacer à Toronto, nous avons essayé de louer une patinoire pour partager aussi un spectacle complet avec le public torontois.  Des règlements des patinoires municipales de la ville de Toronto empêchent toutefois la tenue d’évènements culturels.  En effet, il est interdit de charger un frais d’admission au public.  Sans la contribution du public à travers son achat de places, nous ne pouvons pas payer la location de la patinoire.  Nous ne comprenons pas ce règlement.  La Ville de Toronto loue des théâtres à des compagnies artistiques ayant exactement les mêmes activités que nous.  Pourquoi ce qui est permis dans des théâtres de la ville n’est pas permis dans des patinoires de la ville?

Nous avons donc organisé des démonstrations nocturnes sur une des très nombreuses patinoires réfrigérées de Toronto.  Le public était acceuilli au Cineforum de Toronto, un cinéma alternatif connu pour ses évènements originaux.  Le public payait un frais d’entrée raisonnable et assistait à une performance « spoken word » sur l’émergence du patinage contemporain.  Nous amenions ensuite les gens vers une patinoire extérieure où nous présentions une courte démonstration.

Nous n’avons eu aucun problème avec les autorités de la ville.

Vidéo filmé par un spectateur.

Vidéo en 3D filmé par Reg Hartt. Il vous faudra des lunettes « bleu/rouge » que vous pouvez commander ici.

Un article d’une parution culturelle de Toronto